Derrière le pittoresque

S.M.A.K., Gent (Belgique)

04.04 - 23.08.2009








































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Communiqué de presse


Le concept de pittoresque a vu le jour au 18ème siècle et a été alors souvent associé à celui du jardin paysager à l'anglaise qui préférait restituer des visions de "nature sauvage" plutôt que reproduire la conception géométrique des jardins "à la française". Le terme "picturesque" se référait à un certain type de paysage qui pouvait devenir le sujet d'un tableau ou admiré comme tel. On peut évoquer des peintres tels que Claude Lorrain, Nicolas Poussin ou Salvator Rosa.


Il est frappant de constater le nombre d'artistes contemporains fascinés par le paysage contemporain hybride où les différences entre le centre et la périphérie, entre la ville et la campagne, la nature et la culture, ne sont plus clairement définies. Le paysage "naturel" contemporain est en grande partie et à grande échelle colonisé et domestiqué à travers l'affluence d'images multiples de provenances diverses - oeuvres artistiques, multimédias, vidéos, films, télévision, tourisme, etc. De nombreux artistes utilisent ces images ou font référence à des modèles et des interprétations traditionnelles.


L'exposition collective organisée au S.M.A.K., qui présente les oeuvres d'une vingtaine d'artistes de toutes disciplines, souhaite analyser comment le concept du pittoresque peut encore (ou de nouveau) être utilisée pour des interprétations artistiques du paysage actuel.


Le protagoniste du Land Art Robert Smithson peut être considéré comme l'artiste ayant remis, après une longue période de connotation péjorative, le terme pittoresque au goût du jour, dans son essai sur le projet d'aménagement de Central Park à New York. Il a débarrassé dans le même temps ce mot de ses connotations nostalgiques et romantiques. Depuis les années 1950, nombre de photographes ont montré un intérêt grandissant pour les banlieues et territoires suburbains en voie de développement rapide, qui forment un mélange hétérogène et indéfini du domaine urbain et naturel. Les urbanistes et les architectes ont alors eux aussi redécouvert le pittoresque comme méthode permettant d'imager cette réalité multiple, cette interaction insaisissable de processus très divers (voir l'essai de Mirko Zardini, Green Is the Color, sur la dimension pittoresque de la ville dans sa version du XXIe siècle).



































Exposition du 4 avril au 23 août 2009. S.M.A.K. Stedelijk Museum voor Actuele Kunst, Citadelpark - 9000 Gent (Belgique). Tel.: +32 (0)9 221 17 03. Ouverture du mardi au dimanche de 10h à 18h.















Derrière le pittoresque, S.M.A.K., Gent

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D'autres oeuvres présentées dans l'exposition font plus généralement référence à des clichés paysagers stéréotypiques qui dirigent et filtrent notre vision du paysage. Ils font appel à notre mémoire collective via la culture des images populaires ou l'industrie des images touristiques. On reconnaît immédiatement la campagna italienne dans les photographies monumentales de Joel Sternfeld ou Axel Hütte, légèrement ondulante telle qu'elle a été reproduite depuis la Renaissance, qui a été une référence picturale importante pour le picturesque du XVIIIe siècle. Tout en évoquant cette campagna stylisée à l'aide de schémas formels conventionnels empruntés à la peinture traditionnelle, ils évoquent ouvertement des éléments contemporains. Le même principe s'applique à la chute d'eau parfaitement virtuelle de Monica Studer / Christoph van den Berg, qui peut être ouverte ou fermée à l'aide d'un robinet dans les photographies de Sylvie Henrich. Cette même familiarité caractérise les images de montagnes d'Ellen Harvey, de l'Ouest américain - Rocky Mountains ou Grand Canyon - de Marc De Blieck, Mark Klett, Katrin Sigurdardottir, Christian Vetter, Mungo Thompson, les côtes écossaises de Jan Kempenaers ou le Grand Nord vu par Geert Goiris et Katrin Sigurdardottir.


A ces séries photographiques s'ajoutent de grandes installations gérées par les artistes dans une dimension constructive créant autant une distance physique que mentale par rapport aux images, pour mettre l'accent sur le caractère artificiel de leurs paysages, tel le cabinet de musée d'Ellen Harvey. Trois de ses parois sont recouvertes d'un panorama montagneux, et sur la quatrième, une multitude de petits miroirs reflètent des fragments de ce paysage. Dans sa deuxième contribution à Beyond the Picturesque, Ellen Harvey fait le lien avec le Citadelpark, le parc entourant le musée. Pour faire suite aux brochures de voyage de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle présents dans l'exposition, l'artiste crée un guide pour le parc en indiquant quelques lieux à visiter. Dans le musée, elle présente des aquarelles qui illustrent ce que l'on verrait en regardant ces lieux à l'aide d'un Claude Glass. Une autre caractéristique de l'esthétique du picturesque conseillait aux peintres et aux touristes de ne pas regarder le paysage directement mais à l'aide de ce miroir ovale nommé d'après le peintre Claude Lorrain - afin d'observer le paysage comme une image. Elle invite ainsi les visiteurs de l'exposition et les habitants environnants à faire une promenade dans le parc et l'admirer "comme un tableau".


Cette pratique se retrouve dans l'exposition de diverses façons. Dans l'installation de Monica Studer / Christoph van den Berg, le spectateur est directement confronté à sa propre image devant une vue montagneuse majestueuse encadrée par l'ouverture d'une grotte. Ce n'est qu'un peu plus tard dans le parcours de l'exposition que ce même spectateur, lorsqu'il passe dans la grotte, découvre les caméras qui l'ont filmé.


D'autres oeuvres exposées offrent des réflexions sur d'autres médias artistiques à l'aide d'un moyen spécifique. Chez Marcel Berlanger, dont les tableaux évoquent l'image pixellisée d'une photo de journal, on retrouve d'autres interactions et contaminations intermédiatiques.


John Timberlake coupe des morceaux de photo et les complète par des dessins au crayon. Ses Google Paintings évoquent quant à elles les nouvelles technologies permettant de visualiser le paysage. Alexis Destoop fait usage d'images qui hésitent à première vue entre le film, le dessin animé et les photos animées. Dans les séquences de tableaux de Robert Devriendt, le montage des paysages fragmentés forme le cadre d'un drame.


Le personnage apparemment paisible a perdu son innocence. Une même dimension narrative et sinistre se retrouve chez Richard Sympson (Cosimo Pichierri & Marco Trinca) avec les photos prises à l'échelle 1:1 d'un morceau d'herbe clôturé par toutes sortes d'objets. Le paysage y apparaît comme un lieu de crime dont la nouvelle signification va apparaître dans les médias de masse.


Commissaires de l'exposition: Frank Maes et Dr. Steven Jacobs